Lego a sorti cet été une nouvelle gamme sur laquelle se greffe une expérience de jeu en réalité augmentée. La marque Danoise est souvent avant-gardiste et pleine de bonnes idées, alors quand elle sort une collection qui rappelle Ghostbusters et nous évoque des éléments de doubles monde à la manière de Stranger Things que nous adorons, nous n’avons pas hésité une minute avant d’acheter une ou deux boîtes. Retour d’expérience avec  notre oeil de connaisseur sur cette nouveauté.

Première visite pour nous dans le cette zone d’exposition du Museum für Gestaltung Zurich qui se trouve dans le bâtiment Toni Areal abritant également la Haute École d’Arts de Zurich (ZHDK). Après avoir passé la matériauthèque nous découvrons l’exposition. Segmentée en cinq thématiques, l’exposition présente en format imprimés, en vidéo et par le biais d’installations interactives, différents type de contenus.

“Kids expect exciting play experiences that move seamlessly between physical and digital worlds – something we call fluid play”

Tom Donaldson (Vice -President Creative Play Lab of Lego Group)

Essayons de vous expliquer le principe de cette collection en quelques mots. Hidden Side restent des boîtes de construction classiques même si le thème surf sur un univers fantastique, surnaturel et étrange. La principale différence est que le jeu fonctionne aussi avec une application mobile qui permet de jouer en réalité augmentée sur les constructions, d’interagir entre ce qui se passe dans l’application et la construction en elle même. L’application propose deux modes de jeux. Le mode “chasseur” en réalité augmentée dans lequel on chasse les fantômes sur notre construction, le mode “fantôme” uniquement via le téléphone où l’on incarne des personnages dans des niveaux de jeux identiques aux constructions dans le but de les détruire.

En se basant sur cette citation, on comprend mieux ce que la marque tente de reproduire. Cette tentative avec Hidden Side contient beaucoup de bons éléments comme par exemple le fait de produire des changements dans le jeu en modifiant la structure physique de l’objet (ex: On peut utiliser une molette sur l’objet qui permet de changer la couleur avec laquelle on chasse les fantôme dans l’application). D’un point de vue commercial, là aussi le job est bien fait. Le mode “fantôme” guide vers un achat des sets pour pouvoir progresser dans son aventure. Il constitue le principal levier vers l’achat de la collection au complet. On peut se poser des questions de moralité mais parallèlement, il est probablement plus facile pour un parent d’acheter un jouet Lego à son enfant qui lui permet de progresser dans le jeu plutôt qu’un pack de diamants virtuels à 50 CHF sur un jeu “gratuit” traditionnel.

Si sur une première impression le produit est plutôt sexy en surface, après l’avoir testé et fait tester à de plus jeunes utilisateurs, quelques éléments nous ont troublé. Tout d’abord nous n’avons pas réellement ressenti une sensation de fluidité entre la réalité augmentée et le monde réel. Certes, à partir du moment où l’on a ciblé de manière virtuelle le modèle, un univers se construit autour de la construction, mais hormis quelques interactions entre ce que l’on voit dans le téléphone et le réel, on se focalise très vite uniquement sur le téléphone.. Le jouet physique devient ainsi un élément cosmétique et en observant quelques joueurs, nous constatons qu’ils perdent petit à petit la connexion avec le jouet.

Un autre facteur à prendre en compte est celui du nombre de joueurs. Il est compliqué de jouer à plusieurs alors que l’un des piliers de Lego repose sur le jeu à plusieurs (frères et soeurs, copains etc…). Le téléphone devient rapidement l’élément d’attention principal et le jeu collectif est réduit à néant. Avec deux ou trois téléphones, il est toujours possible de jouer mais étant donné que l’objet demande d’être manipulé cela rend les choses très complexes et cela peut vite créer des tensions entre les utilisateurs. On se retrouve alors devant un jeu très individuel avec des spectateurs (ou non), les autres joueurs s’étant rapidement désintéressés.

Selon nous, cet essai avec la réalité augmentée offre des opportunités intéressantes mais qui se connectent pas très bien avec l’esprit et le potentiel des jouets Lego.. Cette forme de réalité augmentée isole le joueur plutôt que de lui permettre d’enrichir son jeu et ses constructions en créant autour du modèle un visuel qui rompt les codes de la brique Lego (Pourquoi ne pas s’être appuyé sur Lego Movie visuellement ou encore Minecraft que les jeunes adorent ?). Il n’y a pas d’éléments simples mais diablement efficaces qui permettent réellement d’améliorer le jeu libre, de créer plus de cohérence et de s’appuyer sur l’imagination des enfants. Dans notre enfance nous adorions faire des mises en scène, puis se mettre à plat ventre au ras des éléments pour s’immerger au plus proche de nos constructions, nous faisions des stop-motion parfois avec un vieux caméscope, il nous arrivait d’aller prendre de l’eau pour remplir une piscine en briques, prendre une lampe de bureau pour simuler un couché de soleil, on imaginait le feu derrière les boosters de nos vaisseaux spatiaux ou encore le son du saloon des Lego Far West.

Cela peut paraître un brin dépassé,cependant en observant les enfants aujourd’hui, ils s’adonnent aux mêmes jeux que nous il y a 20 ans et ce n’est pas parce qu’ils jouent à Fortnite sur leur téléphone qu’ils ont perdu cette créativité autour des Legos. Le potentiel de la réalité augmentée n’est pas encore totalement révélé chez Lego mais ce qui est sûr c’est que celle-ci devrait être beaucoup plus au service de l’objet de jeu et de l’imagination des joueurs.

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